Tout en évoluant dans les formes qu’elles génèrent, mes problématiques de recherches se sont toujours tournées vers la disparition d’éléments d’un environnement naturel, et des mutations que cela engendrerait. À travers l’image imprimée, le dessin, puis la sculpture, c’est le plaisir d’imaginer les paysages à naître pour parer à l’inquiétude de ces transformations.
La pratique de techniques et de matériaux tels que le bronze, le verre, le métal, la céramique ou la soudure, souvent liés aux arts décoratifs et à des savoir-faire artisanaux, m’a progressivement conduite à orienter ma recherche vers la création d’objets, de mobilier et de surfaces. Depuis trois ans, je développe un projet de (re)constitution d’une maison rêvée. Pensée comme un refuge, cette maison se déploie à travers les entités qui l’habitent, des objets aux fonctions reconnaissables, dont les formes incarnent d’hypothétiques paysages à la faune et la flore mutantes, jusqu’à prendre l’apparence des créatures qui les peuplent.
La familiarité des artefacts domestiques est perturbée par l’insertion d’éléments à la nature indistincte. L’espace protecteur est alors traversé par l’évènement du dehors. Cette tension se matérialise dans la rencontre entre des formes organiques et des structures géométriques qui cherchent à coïncider. Déplaçant l’idée de Gaston Bachelard selon laquelle « l’être abrité sensibilise les limites de son abri », les objets agissent comme des seuils ou des écrans, où les surfaces deviennent de nouvelles perspectives. Le travail par fragments illustre le plaisir du jeu de construction, et induit une prolifération des formes. De l’assemblage naissent des motifs et des trames qui invitent le regard à circuler dans les fractures, les brèches et les sutures.
Les échelles varient, certaines pièces, telles des maquettes ou des reliquaires convoquent des archétypes de maisons, de tombes ou de silhouettes de toits, suggérant immédiatement l’espace habité, tandis que d’autres, à échelle humaine, occupent physiquement l’espace. Les techniques employées, souvent liées au feu, impliquent une transformation, et les accidents créés par l’expérimentation participent à leur narration.
Pensés comme un ensemble, je cherche dans les objets un équilibre entre les matières employées et la façon dont ils investissent l’espace, entre poids et légèreté, transparence et opacité pour traduire l’ambiguité des sensations qui nous traversent dans certains lieux. Par les jeux de couleur et de lumière, il semblent exister dans un temps crépusculaire, un moment de bascule où le paysage se trouble.
Marie Biaudet